La nuit n’existe pas

Les flammèches du feu sacré choisissent parfois de bien curieux endroits sur lesquels se poser avant de reprendre l’aspect plus solide du brasier irradiant. De même, les crépitements du foyer chaleureux décident eux aussi, parfois, d’expulser quelques braises licencieuses qui iront choir ironiquement sur un tapis dont elles consumeront la matière.

giant-ymirEn l’an de grâce orwellien, c’est sur le corps d’Ymir que la braise se posa, croyant peut-être trouver là quelques restes encore vibrants de la légendaire hyperborée. Des enfants sans langue ni passé y trouvèrent réconfort. Ils étaient en colères contre le dieu unique que les anciens rois avaient choisi pour remplacer leur panthéon sacré. Privés de guide et d’initiation, ils s’imposèrent de nouveaux rituels et une musique puissante, sombre comme leur colère. Comme les Ophites ils s’enfoncèrent dans la nuit, mais sans chercher la lumière, persuadés qu’ils avaient le pouvoir de faire trembler le monde.

Les enfants se déchirèrent ensuite entre eux, brulés par l’égo que le feu n’avait pu consumer : sans guide en effet, nul ne peut renaitre homme à sa lumière. Puis, de nouveaux enfants, fascinés par la nuit eux aussi, mais désormais incapables de sentir la chaleur du feu, les suivirent. Ils n’avaient plus accès au foyer, condamnés à n’être que de pâles copies, des caricatures de leurs aînés, n’en ayant que l’aspect extérieur. Ils décidèrent alors d’invoquer sans fin les démons, persuadés de parvenir à troubler l’ordre du monde, à choquer les pouvoirs et à renverser ce dieu unique qui emprisonnait toujours leur passé. Mais la musique elle, ne se reconnait pas en un dieu, aussi vibrait-elle toujours de sa puissante grâce extatique.

« Des milliers d’enfants roi travestissent Lucifer » clamait Hreidmarr à leurs visages, mais ils n’entendaient pas, enfermés dans leur égo et désormais si éloignés du feu luciférien. Ils restaient persuadés que leurs démons étaient puissants. Ils n’avaient pas compris l’ordre du grand jeu carnavalesque de leurs aînés, et que le Satan qu’ils chérissaient, symbole du singe de dieu, n’était que la figure d’une modernité imbécile. Ils se rêvaient en légion hétérodoxe du trouble, ils n’étaient en vérité que de frêles embarcations du monde moderne. Mais la musique elle, n’avait rien perdu de sa candeur, sa partition irradiant de lettres incandescentes : « Fire walk with me ».

Ref : Deathcrush – Mayhem, Sur les falaises de marbre – Glaciation, Twin Peaks, L’Edda

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