La transmigration des eons – The OA#1

Nous le sentons bien, nos vies d’errances sont amputées d’une partie que nous pressentons essentielle. Nous communiquons entre bipèdes de la plus fruste des manières. Incapables d’appréhender l’invisible, il nous est impossible d’échanger ou de comprendre nos congénères d’une manière pleine et entière. Nous ne sommes que de pauvre nephilims aveugles, qu’un démiurge a privé du Verbe originel en condamnant les veilleurs, puis Babylone. La parole fut perdue, ou du moins cachée au plus grand nombre, celui d’une humanité duale, séparée entre êtres d’ordre hylique (physique) et pneumatique (esprit).

Leon Bloy invoquait « l’œil temporel », frappé de cécité depuis la chute, nous laissant dormir du prodigieux sommeil de l’inconscience du monde. Et c’est précisément la perte de ce sens, de cet œil temporel propre à l’homme, qui permet à la jeune Nina de retrouver l’intériorité salutaire.

Cette « perte », qui est aussi bénédiction, émane de Kathun, déesse et femme archétypale de la mythologie mongole. Rien ne sert, en effet, de voir un monde si absurde, dans lequel tout s’écroule, ou tout meurt à peine né, ou des parents brisés n’ont plus rien à transmettre à leur progéniture. C’est sur l’expérience prophétique qu’il faudra rebâtir le monde et retrouver la parole perdue, mais la transmission ne pourra se fonder sur la simple expérience personnelle, par essence limitée. Il faudra lui donner les contours d’une allégorie que chacun pourra appréhender avec ses propres prédispositions.

La chute, première partie

La notion angélique à laquelle se réfère The OA n’a que peu à voir avec les traditions dogmatiques catholiques ou juives, elle puise ses racines dans des écrits marginaux, jugés hérétiques pour la plupart des religions du livre.

Enoch_Lithograph.jpgWilliam Blake, חניך/(”Enoch”), 1806-1807

La référence la plus évidente est celle aux livres d’Enoch, et plus particulièrement à ses « Dialogues avec les anges », que la dernière datation ferait remonter à 200 ans avant la naissance du Christ. Autre référence, celle aux écrits gnostiques, dont ceux de Valentin et de l’école d’Alexandrie, datant quant à eux de l’an 100 après JC (approximativement, puisque la mort de Valentin est située en l’année 130).

Le livre d’Enoch conte la légende de ces anges nommés « veilleurs » (Nephilim dans la Torah) qui « corrompirent » l’humanité par l’enseignement de la science sacrée (métallurgie, médecine, etc.) et qui s’accouplèrent avec les filles des hommes. Cet acte eut pour conséquence la naissance des géants (ou colosses). Selon le postulat de cette tradition, la prévarication originelle (aux yeux d’un dieu) ne serait pas le fait de supposés aïeux nommés Adam et Ève, mais plutôt d’anges qui, en chutant et se faisant sensible, auraient commis une faute impardonnable en bouleversant l’ordre divin.

Au-delà de ces « révélations », le livre décrit surtout l’ascension d’un homme, Enoch, jusqu’au plus haut sommet divin, jusqu’au trône de Dieu. L’expérience mystique rapportée par ce texte rappelle, à travers de nombreux détails, les expériences de mort imminente telles qu’elles ont pu être décrites depuis des siècles, sur tous les continents.

oa

L’enfance de Nina auprès de son père fait figure d’éden personnel. Elle grandit dans une demeure entourée d’un vaste jardin, au milieu duquel se dresse un arbre gigantesque, évoquant l’arbre de vie du jardin primordial. Sa chute personnelle et ses prémonitions l’amèneront, une fois adulte, à se rêver escaladant le visage d’un géant, une ascension qui, pense-t-elle, lui permettra de retrouver son père. Peut-être faut-il y voir la figure d’un enfant des Nephilims, ces géants des textes sacrés, fruit de l’union des anges et des hommes.

« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. ». Karl Gustav Jung.

 

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