Les étoiles ont chuté ou le contre-mythe

L’une des caractéristiques fondamentales qui définit la modernité est son instabilité permanente, une révolution sans cesse renouvelée dans un vide sidéral, menant à une inversion des valeurs, et laissant les contingences se parer des attributs du primordiale. Le pire (s’il peut y avoir une quelconque hiérarchisation du dramatique), dans cet espace moderne, est la cassure définitive avec le passé et la tradition car, après un temps certain, des générations entières de déracinés spirituels et culturels ne finissent par trouver dans leur environnement qu’un espace de valorisation de leur ego, puisque tant qu’à exister autant ne le faire que par soi et pour soi.

En 1977, dans une noirceur cynique à l’habillage de fin du monde, Star Wars avait réussi, avec l’aide d’un éminent mythologue, à rattacher le mythe au monde contemporain, à redonner du sens au chaos, à allumer une lumière chaude et réconfortante pour des milliers d’âmes à travers le monde, et à dynamiser mythiquement la pop culture pour les générations suivantes dans le même mouvement salvateur.

Mais il suffit d’un homme, d’un moderne, pour tout briser sur l’autel de l’ego, briser le lien avec ses pairs d’hier et d’aujourd’hui tel un enfant capricieux et, pire que tout, briser le sens du mythe qui habitait l’œuvre dont il avait la charge. Incompétent à comprendre la fonction de transmission du principe attaché à son rôle et voyant le cadre fixé comme limitant, Rian Johnson a coupé le lien qui attachait Star Wars au mythe fondateur du héros. Il n’a pas saisi que la sémantique religieuse pop culturelle n’était pas qu’un habillage dénué de sens. Des millions de gens s’étaient identifiés à un héros, ils avaient suivi sa quête initiatique venue du fond des âges, des fanatiques pour certains certes, mais qui avaient trouvé une racine ténue pour les dynamiser dans une voie noble. Ils ne pouvaient comprendre le chemin quasi contre initiatique, relativiste et cynique, que cette volte face moderniste venait de leur offrir. Les critiques faites à ces gens ne comprenant pas que l’on détruise ainsi leurs idoles (parfois par des commentaires limités il est vrai, de type « ce n’est pas mon Luke », « enfance violée », etc.) sont par ailleurs au mieux une forme de suffisance moderniste faite par des gratte-papier exotéristes gloseurs du rien, au pire le mépris culturel d’une poignée d’archontes anti-mythiques.

La suite des aventures de notre vieux héros et le passage de flambeau nécessaire ne se trouvaient pas dans la tête hypertrophiée de Johnson, mais dans les myriades de mythes qui composent nos vielles âmes humaines. Sa réponse, il aurait du la trouver dans la Bhagavad-Gita ou le mythe du roi pêcheur que lui avait pourtant offert Kasdan et Abrams sur un plateau d’argent. La tradition se doit de renaître à elle-même sous de nouvelles formes, mais elle doit nécessairement être transmise dans une chaîne ininterrompue.

Star Wars avait su être le mythe contemporain dont Joseph Campbell parlait lorsqu’il imaginait le mythe comme le rêve d’une société tout entière, Star Wars avait su réenchanter l’Occident, aujourd’hui il n’est plus qu’un des énièmes participants de son désenchantement puisque le lien avec la tradition a été brisé. Ce Star Wars a sombré dans l’arrogante modernité, il n’est plus que l’ombre projetée d’une société sans mythe ni sens du sacré. Pour la suite, l’homme à la Mystery Box est face à un défit digne des Titans.

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